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Guy de Maupassant - La mère sauvage (la Guerre franco-allemande 1870/71)

von Maximilian Löber

  • Französisch-Klausur (12. Jahrgang, Leistungskurs)
  • 2-stündig
  • 14 Punkte

 

 

Compréhension
1. Résumez brièvement le texte.

Analyse
2. Analysez l'image que l'auteur donne de la guerre.

Commentaire
3. Ecrivez, comment vous imaginez la suite de cette histoire Justifiez votre opinion en tenant compte des indices donnés par le texte.

 

 

Guy de Maupassant - La mère sauvage

Un jour les Prussiens arrivèrent. On les distribua aux habitants, selon la fortune et les ressources de chacun. La vieille, qu'on savait riche, en eut quatre.

C'étaient quatre gros garçons à la chair blonde, à la barbe blonde, aux yeux bleus, demeurés gras malgré les fatigues qu'ils avaient endurées déjà, et bons enfants, bien qu'en pays conquis. Seuls chez cette femme âgée, ils se montrèrent pleins de prévenances pour elle, lui épargnant, autant qu'ils pouvaient, des fatigues et des dépenses...

Elle demandait chaque jour, à chacun des soldats installés à son foyer :

«Savez-vous où est parti le régiment français, vingt-troisième de marche ? Mon garçon est dedans.»

Ils répondaient : «Non, bas su, bas savoir du tout.» Et, comprenant sa peine et ses inquiétudes, eux qui avaient des mères là-bas, ils lui rendaient mille petits soins1. Elle les aimait bien, d'ailleurs, ses quatre ennemis; car les paysans n'ont guère les haines patriotiques : cela n'appartient qu'aux classes supérieures...

Or, un matin, comme la vieille femme était seule au logis, elle aperçut au loin dans la plaine un homme qui venait vers sa demeure. Bientôt elle le reconnut, c'était le piéton charger de distribuer les lettres. Il lui remit un papier plié et elle tira de son étui les lunettes dont elle se servait pour coudre; puis elle lut:

« Madame Sauvage, la présente est pour vous porter une triste nouvelle. Votre garçon Victor a été tué hier par un boulet, qui l'a censément coupé en deux parts. J'étais tout près, vu que nous nous trouvions côte à côte dans la compagnie et qu'il me parlait de vous pour vous prévenir au jour même s'il lui arrivait malheur. J'ai pris dans sa poche sa montre pour vous la reporter quand la guerre sera finie. Je vous salue amicalement. Césaire Rivot, Soldat de 2e classe au 23e de marche. »

La lettre était datée de trois semaines. Elle ne pleura point. Elle demeurait immobile, tellement saisie, hébétée, qu'elle ne souffrait même pas encore. Elle pensait : «V'la Victor qu est tué, maintenant.» Puis, peu à peu les larmes montèrent à ses yeux, et la douleur envahit son cœur. Les idées lui venaient une à une, affreuses, torturantes. Elle ne l'embrasserait plus, son enfant, son grand, plus jamais ! Les gendarmes avaient tué le père, les Prussiens avaient tué le fils... Il avait été coupé en deux par un boulet. Et il lui semblait qu'elle voyait la chose, la chose horrible...

Mais elle entendit un bruit de voix. C'étaient les Prussiens qui revenaient du village. Elle cacha bien vite la lettre dans sa poche et elle les reçut tranquillement avec sa figure ordinaire, ayant eu le temps de bien essuyer ses yeux.

Ils riaient tous les quatre, enchantés, car ils rapportaient un beau lapin, volé sans doute, et ils faisaient signe à la vieille qu'on allait manger quelque chose de bon.

Elle se mit tout de suite à la besogne pour préparer le déjeuner ; mais, quand il fallut tuer le lapin, le cœur lui manqua. Ce n'était pas le premier pourtant ! Un des soldats l'assomma d'un coup de poing derrière les oreilles...

Elle se mit à table avec ses Prussiens, mais elle ne put manger, pas même une bouchée. Ils dévorèrent le lapin sans s'occuper d'elle. Elle les regardait de côté, sans parler, mûrissant une idée, et le visage tellement impassible qu'ils ne s'aperçurent de rien.


Maupassant, Guy de: Miss Harriet, éd. Folio, No 1036, Editions Gallimard, Paris 1978, pp.249-254.

1) hier: Gefallen

 

 

1.

Dans l'extrait de « Miss Harriet » écrit par Guy de Maupassant, il s'agit de l'occupation prussienne pendant la guerre franco-allemande de 1870 à 1871. Maupassant décrit la relation entre une vieille femme riche, Mme Sauvage, vivant seule et quatre soldats prussiens qui ont logés chez elle. Ils s'entendent bien jusqu'à ce que Mme Sauvage apprenne un jour que son fils Victor a été tué ce qui fait qu'elle n'arrive plus à manger ni à parler.



2.

Dans l'histoire de Maupassant, la guerre n'apparaît pas comme si cruelle.
Il n'y a pas que de haine entre civils et occupants, surtout parmi les paysans comme Maupassant le souligne: « [...]les paysans n'ont guère les haines patriotiques » (ligne 13). Les relations entre Mme Sauvage et les quatre soldats sont un bon exemple pour le fait que des ennemis peuvent s'aimer aussi. Les Prussiens sont gentils en « rend[ant] mille petits soins » (l.12) à la femme âgée. Ils sont également inquiets pour son fils. Et elle, "elle les aim[ent] bien [...] ses quatre ennemis" (l.13). Ces personnages sont donc tous décrits comme étant des êtres humains et non pas comme étant des machines de guerre ou bien des hôtes froids. Mais, tout de même, dans une guerre il y a des victimes et la mort de Victor touche très fort la dame. Désormais, elle est seule sans fils ni mari qui a été tué avant (« Les gendarmes avaient tué le père, les Prussiens avaient tué le fils », lignes 29,39). La nouvelle terrible a complètement changé la femme intérieurement ce qui fait apercevoir la cruauté de la guerre. Il n’y a pas que les morts sur les champs de bataille mais aussi les victimes loin du front restants seuls et démoralisés. Mme Sauvage a des idées « affreuses, torturantes » (l.28) et elle est comme paralysée car « elle ne [peut] pas manger » (l.40) ni parler.
Pour conclure, il faut dire qu’une guerre est toujours cruelle mais ce qui n’empêche pas que des ennemis peuvent se supporter aussi, même s’aimer

 


3.

Je m’imagine que Mme Sauvage va changer son image de ses pensionnaires à partir du moment où elle sait que son fils a été tué par des Prussiens. Son comportement l’indique. Par exemple, elle ne leur parle plus et « les regard[e] de côté » (l.41). Cela est un premier signe de haine. Elle a dû se rendre compte que ces quatre Prussiens qui ont l’air si gentils, c’étaient aussi ceux qui combattent les Français. L’idée qu’elle « mûri[t] » (l.42) contient peut-être aussi le fait que c’est possible que les quatre Prussiens même aient tué son fils. Elle est en train de développer un spectre tandis qu’avant, pour elle, les Prussiens étaient des hommes gentils qui ne lui ont rien fait. Elle commence à comprendre que les hommes en face d’elle sont les méchants, comme le montre le verbe « dévorer » à la ligne 41 qui fait plus allusion à des animaux qu’à des hommes civilisés.
La dernière phrase (« mûrissant une idée, et le visage tellement impassible qu’ils ne s’aper¬çurent de rien », l.43) fait croire au lecteur que la femme est en train de préparer sa vengeance. Je suppose qu’elle est tellement saisie et touchée par la mort de son fils causée par des Prussiens qu’elle est maintenant obsédée par l’idée d’une vengeance. Pour elle, les Prussiens seuls sont à l’origine de son malheur. Ce qui est sûr c’est que la vie collective ne va pas continuer aussi bien qu’elle a commencé.

Kategorie: Französisch | Kommentare (33)